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Avenir sans Pétrole

Micro-algues: faut-il croire au miracle annoncé ?

20 Avril 2011 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Regard critique

Dormez braves gens, la science travaille pour vous et va résoudre tous vos problèmes !

C'est ce que laisse penser le reportage de TF1 au sujet de ce nouveau type de production de carburant: le procédé BFS® (BioFuel System).

"C'est au moins aussi incroyable que de changer le plomb en or"

"Des chercheurs (...) ont trouvé la formule miracle"

"C'est une révolution écologique et énergétique qui est déjà en marche"

Telles sont les expressions utilisées par la présentatrice  du JT, ce 31 janvier 2011, pour décrire cette production de carburant appelé "pétrole bleu".

BFS_tubes.JPG

Tubes de croissance du phytoplancton (source BFS)

Information filtrée

En tant que conférencier sur l'énergie et la résilience, je ne pouvais pas me permettre de passer à côté d'un tel évènement! Évidemment, ce sont toujours ces petits reportages de quelques minutes qui restent dans les mémoires et qui ressortent au moment du débat avec le public.

J'ai donc voulu me renseigner davantage sur cette technique afin de voir si nous avions effectivement trouvé un produit miracle. Malheureusement, les informations sont rares et le bilan énergie/matière complet du procédé n'est pas diffusé. C'est pourquoi j'ai contacté le service communication de BFS® afin d'en savoir plus.

Aucune information ne m'a été transmise car les tests sont encore en cours et le secret industriel prime. Cependant, je suis en attente d'un appel de l'un des responsables de la société.

Un document disponible sur internet permet tout de même de comprendre et quantifier certains principes, même s'il contient surtout de belles images !

Présentation

Le procédé BFS consiste à récupérer une partie du CO2 issu des émissions industrielles pour alimenter des algues à croissance rapide et produire, grâce au soleil et en 48 heures, un carburant dont les caractéristiques sont équivalentes à celles du pétrole fossile. D'après la société BFS®:

"Il utilise des éléments comme l’énergie solaire (comme source principale d’énergie), la photosynthèse et les champs électromagnétiques associés aux propriétés organiques du phytoplancton (micro-algues marines) pour convertir le CO2 issu des émissions industrielles, en une biomasse puis en un pétrole artificiel similaire au pétrole fossile, sans soufre et sans métaux lourds"

Bilan du système

Pour comprendre le procédé, seul un bilan CO2 est présenté au public. J'ai donc repris et adapté ce bilan sur l'image ci-dessous pour illustrer les enjeux de ce système:

 

BFS.JPG

 

1/ Brûler de l'énergie fossile

La première étape consiste à brûler de l'énergie fossile, qu'elle soit sous forme de pétrole, de gaz ou de charbon, dans une cimenterie, une centrale thermique ou n'importe quelle autre usine qui rejette de grandes quantités de CO2. Pour produire 1 baril de pétrole bleu, il faut brûler l'équivalent de 6 barils de pétrole fossile.

Autrement dit...

Si je vais dans un magasin, que je donne 6 euros et qu'on me rend 1 euro, j'ai quand même dépensé 5 euros. Autrement dit, créer 1 baril de pétrole bleu à partir de 6 baril de pétrole fossile ne fait aucune création d'énergie, il permet simplement d'améliorer le bilan global en consommant 5 barils au lieu de 6 !!

Comment parler de révolution énergétique alors que la production de ce carburant s'appuie sur une consommation constante d'énergie fossile en amont ?

2/ Indispensable soleil

Un élément n'est pas du tout quantifié dans le bilan énergétique du procédé: l'apport solaire indispensable à la photosynthèse des algues. Ne nous y trompons pas, si l'usine test à été installée à Alicante en Espagne, ce n'est pas pour rien, c'est surtout parce que l'ensoleillement est optimal.

A titre de comparaison, l'irradiation annuelle y est supérieure de 16% à celle de Narbonne et de 65% à celle de Dunkerque ! Or d'après le service communication de BFS®, il est certain qu'une usine de ce type à Dunkerque ne serait pas rentable.

Mais les grandes usines industrielles sont elles-situées dans les zones très ensoleillées ?

Il ne sera donc pas possible de faire ce genre de production n'importe où. Je reste en attente de connaître les apports énergétiques solaires indispensables.

Pour information, les prochaines usines seront situées près de Venise en Italie et sur l'île de Madère au Portugal.

 

BFS_groupe_tubes.JPG

Tubes de croissance du phytoplancton (source BFS)

 

3/ De l'eau pour les algues

Les algues ne peuvent croître que dans un milieu aqueux, c'est à dire dans l'eau. La production d'un baril (159 litres) de pétrole bleu implique l'utilisation de 16 à 20 litres d'eau. Cela peut paraître négligeable, mais les zones les plus ensoleillées sont, par définition, les moins pourvues en eau. Pour rappel, suite à la sécheresse de 2008, une logistique de livraison d'eau potable par bateaux a été mis en place de Marseille vers Barcelone (plus de 1,5 million de mètres cube livrés chaque mois !).

S'il faut désaliniser de l'eau de mer ou importer l'eau douce sur de longues distances, alors le bilan énergétique global sera modifié.

Conclusion provisoire

Le manque de données précises sur cette technologie ne permet pas de conclure de manière définitive. Cependant, je souhaitais souligner ces quelques points importants qui montrent que nous ne sommes pas en présence d'un miracle. En revanche, il s'agit d'une avancée très intéressante du point de vue de la récupération du CO2 industriel.

En terme d'ordre de grandeur, l'usine d'Alicante vise une production annuelle de 220.000 barils sur une surface de 40 hectares. Il faudrait environ 3300 usines de ce type pour produire les 1,6 millions de barils que la France importe chaque jour.

Quoi qu'il en soit, le progrès technique est intéressant, mais ne répond pas aux défis écologiques et énergétiques que nous allons vivre.

A suivre ...

 

 

 

 

 

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LEFEVRE 08/10/2019 08:42

Votre réflexion est erronée. En effet aujourd’hui cette usine capte le CO2 produit par une usine, mais demain ce pourra être n’importe quel CO2. Et c’est bien là le génie de cette invention. Votre exemple avec les pièces en euros est faux !

ludo 24/03/2019 15:30

Pas de SOURCES pour les chiffres pour le ratio 1 pour 6 de pétrole (ou est donc passé la loi de conservation des masses? Pauvre Lavoisier.), ni pour le nombre d'usines en conclusion (en plus 1.6million/220000=7.27 usines, pas de question d'électromagnétisme a la mord moi le noeud pour le phytoplancton, de plus, comme certains l'on expliqué avant en commentaire, il ne faut pas du pétrole mais du CARBONNE, que l'on recycle d'autres activités. regardons les chiffres officiels pour 2017 en France:
https://www.insee.fr/fr/statistiques/2015759
On constate que si on récupérait l'ensemble des émissions Co2 des postes ou c'est possible, ici les installations fixes donc résidentiel, industriel manufacturiel(donc pas toute l'industrie, gg le coup de bluff de l'INCEE) et la production énergétique, on compense largement les émissions de pétrole du transport qui eux, sont difficiles pour l'heure a réduire.J'ajoute que l'article se contredit! le micro algues MARINES ne tolèrent absolument pas l'EAU DOUCE (elles éclatent, c'est le choc osmotique) l'auteur érige ici un sophisme énoncé par shaupenhauer: l'épouventail (go wikipédia, dan ce cas sa suffit) en sous entendant que l'eau utilisée est douce. pomper de l'eau de mer n'a rien de compliqué. Pour le soleil, prenons la péninsule arabique, de l'eau sur presque tout le tour, des installations pétrolières déja présentes, captage d'eau salée déja présent, réseau logistique déja présent, soleil a plus savoir qu'en faire et de l'espace vide... presque rien a faire si on y réfléchi. Idem pour tout les pays chaud en fait! et rien n'interdit de construire sur un sol impropre aux cultures (terrain pollués?) le sud de la france est pas mal non plus... car mème si une usine n'est pas en condition optimale, rien ici ne dis que sa production n'est pas rentable. autre point, le pétrole bleu éviterait la pollution lié a la conversion du parc automobile,l'extraction des terres rares (type lithium) et stabiliserais le prix du barril (et oterait un moyen de pression de l'OPEP).

Conclusion: l'auteur est au mieux un élève de sixième qui as pas fais de recherches réelles et au pire un vil fiéffé félon, délateur, menteur qui essaye d'abuser des gens qui ne sont pas initié a la recherche et a la vérifications de l'information! c'est une HONTE de mentir a ce point et d'utiliser des techniques réthorique bas de gamme! Bien que l'article ait été rédigé en 2011, il était déja FAUX et FALLACIEUX! (gros doigt a l'auteur, pas pour l'ecologie mais pour avoir voulu nous prendre pour des idiots)

Sara 25/01/2019 13:11

1615000:250000=6,46 usines à construire

LumYere 26/12/2018 11:21

Eh bien non...on ne paie pas 6 barils pour en produire 1.
En effet, le dioxyde de carbone provient d'une cimenterie qui certes consomme de l'énergie ... mais pour produire des ciments. Cette énergie indispensable (les 6 barils sans doute) sert donc à la fabrication de ces ciments et le CO2, au lieu d'être rejeté dans l'atmosphère, est consommé par les algues.
Compte tenu du rendement global (photosynthèse : plus de 85% moins coût de fonctionnement de l'installation = inconnu), le coût du pétrole produit sera ou non concurrentiel mais de toute façon reste écologique puisqu'il consomme plus de dioxyde de carbone qu'il n'en rejettera lors de sa combustion.
Grave confusion donc : les 6 barils ne servent pas à la synthèse de ce pétrole mais au fonctionnement de la cimenterie. Reste donc à étudier le rendement des installations du processus de synthèse de ce "blue petrol".

Anthony 07/12/2018 10:08

Attention, incohérence logique fondamentale dans le point 1).
C'est une question d'arbitrage.

Les autres points sont intéressants et soulèvent de véritables questions d'exécution.