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Avenir sans Pétrole

Face à l'urgence écologique, déconfiner les mots !

2 Novembre 2020 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Regard critique

Ami.es du blog Avenir Sans Pétrole… Bonjour !

Après de nombreux mois sans intervenir ici, j’avais envie de reprendre la plume. Evidemment, le contexte a beaucoup changé ces derniers mois et nous avons vécu des choses EXTRA-ordinaires. Les éléments se bousculent et difficile de savoir par où commencer. Je propose de relever ici trois moments forts qui illustrent la folie de notre époque.

Juillet 2019 : le débit naturel de la Loire à Orléans est nul. La sécheresse est telle que sans le soutien d’étiage par les barrages, la Loire aurait disparu, cet été-là, au niveau d’Orléans. Nous sommes témoins chaque jour de l’accélération du changement climatique, avec la Californie et la Sibérie qui brûlent, le permafrost qui fond, les montagnes qui s’effondrent, les fleuves qui se vident ou débordent, les glaciers qui disparaissent.

Loire à Orléans - été 2019 - Crédit Aérodromotion Drone

Loire à Orléans - été 2019 - Crédit Aérodromotion Drone

Mars 2020 : le confinement est décrété en France pour faire face à la pandémie COVID-19. En quelques jours, tout ce qui n’est pas essentiel s’arrête, l’économie est pour ainsi dire « nationalisée » et à la merci des décisions gouvernementales. La nature respire. Cette période marque le début d’un drame social, accentuant les inégalités, l’exclusion, la solitude, la peur, la pauvreté de celles et ceux dont l’activité économique ne se relèvera pas. Nous sommes en novembre et la France est à nouveau confinée et nul ne sait comment elle se relèvera.

Avril 2020 : "open bar" énergétique ! Pour la première fois dans l’Histoire, on vous paye pour consommer du pétrole ! Le baril de pétrole atteint -37$ et la production de pétrole mondiale s’effondre de 13 Millions de barils par jour entre avril et juin 2020, soit une baisse de 15%. Les Etats-Unis à eux seul représentent un quart de cette diminution et les analystes estiment que, malgré la reprise récente, nous n’atteindrons jamais plus les niveaux d’avant la crise. Le pic pétrolier revient sur le devant de la scène…

Evolution de la production pétrolière mondiale 2012-2020 . Source: peakoilbarrel.com

Evolution de la production pétrolière mondiale 2012-2020 . Source: peakoilbarrel.com

Pendant toute cette période, j’ai travaillé dans un cabinet politique -d’où mon silence-. Cette mission a permis de confirmer mes craintes quant à la grande vulnérabilité de nos territoires et l’absence -quasi- totale d’anticipation. En politique, il vaut mieux montrer que l’on s’agite lorsque la crise survient, que faire des choix clivant mais responsables en amont.

Lors du premier confinement, l’économie n'était pas seulement à terre, elle était aux pieds de l’Etat qui disposait d'un droit de vie, de transformation ou de mort sur toute activité économique. C’était donc le moment parfait pour s’engager dans la pente, si raide, de la baisse des émissions de gaz à effet de serre : division par 2 en 10 ans ! Je me laissais naïvement envahir par une forme d'optimisme, par l'idée du grand soir...

Objectifs GES au niveau mondial Source : liberation.fr

Objectifs GES au niveau mondial Source : liberation.fr

Malheureusement, le dé-confinement n’était pas encore annoncé que le mot « relance » commençait déjà à circuler. Mon inquiétude grandissait :

"et si tout repartait comme avant ? Et si la machine institutionnelle était finalement incapable de saisir cette opportunité, en raison du déni profond des dirigeants ?"

Et en effet, tout est reparti comme avant ... en pire. Les urgences écologique et climatique, devenues trop encombrantes ces derniers mois, sont reléguées au second plan. La violence politique et médiatique, du local au national, se déchaîne à l’encontre des porteurs et porteuses de changement, comme pour mieux justifier les renoncements.

Si on ajoute l'intolérance et la peur liées au terrorisme, la culture neutralisée et la convivialité qui se résume désormais aux apéro zoom et à des coudes qui se cognent en guise de salutations, ce mois de novembre est bien morne...

Pourtant, j'ai plein de choses à vous dire ! Des « limites à la croissance » aux mises au point collapsologiques, du nucléaire devenu propre, aux biorégions résilientes, des "villes en transition" à l'éco-féminisme, c'est décidé, je déconfine mes mots...

NB : Les lecteurs et lectrices avisé.es auront remarqué que, malgré mon annonce, je suis resté chez Overblog, tout simplement parce que le nom de domaine avenir-sans-petrole.org est désormais squatté et qu’il m’est impossible de le récupérer. Mais ceci n'est qu'un détail technique …

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BERTRAND DECROIX 08/11/2020 23:11

heureux de vous retrouver !
J'avais réussi à lire votre critique il y a quelques semaines des candidat à la présidentielle de 2017 mais je n'arrive plus à trouver le lien....ou je tombe sur avenir sans pétrole.org

Pierre Gilbert 03/11/2020 01:14

Bonjour Benoit, très heureux de retrouver tes écrits!

Benoît Thévard 04/11/2020 08:45

Merci Pierre !

Thierry 02/11/2020 21:56

Bonjour Benoît,
Et oui, nous sommes nombreux à avoir eu cette idée saugrenue que cette pandémie était un moment opportun pour penser à notre avenir sur cette planète.On a laissé la nature respirer pendant deux mois, mais l'homme aussi a pu respirer et se poser des questions essentielles sur notre place dans ce monde et ce dont on a vraiment besoin. J'ai le bonheur comme vous je crois d'avoir choisi un lieu de vie où la résilience fait ses preuves dans ces circonstances. Je ne suis pas sorti de chez moi pendant deux mois, certes ma femme est allée au marché faire les quelques courses indispensables, au supermarché aussi hélas. Mais à l’extrême, on aurait pu tenir deux mois sans bouger, c'était possible.
Combien de temps peut-on tenir en ville, moralement et physiquement?
Et oui à peine sorti du confinement, l'idée d'une transition semblait obsolète, déplacée, l'urgence d'une reprise économique était Le maître mot. Cette pandémie va mettre encore un nombre de gens sur la touche et l'économie ne s'en relèvera pas. Il faut s'attendre à des jours sombres mais est-ce si utopiste d'imaginer que le moment est venu de penser autrement, de penser au nom du peuple et non à soi, de partager les richesses, de nourrir correctement chaque individu, d'offrir un logement digne de ce nom à chacun? Le mur qui s'élève devant nous est de plus en plus proche, nous aurons bientôt le nez collé dessus mais à ce moment le champ de vision sera trop réduit pour faire des bons choix.
J'ai bien peur que ce soit ainsi que nous aboutirons à une vraie transition, par la force et non par choix.
Bon confinement à tous et bonnes réflexions.

Benoît Thévard 04/11/2020 08:53

Bonjour Thierry, je partage l'ensemble de vos propos ainsi que les craintes. Mais il y a une véritable responsabilité politique derrière cela. Lorsque j'ai entendu Macron annoncer le confinement, j'ai immédiatement pensé que ce type d'intervention aurait dû être faite bien avant pour le climat et la biodiversité, mais qu'en tout état de cause, le "politique" était encore capable d'influencer le cours des événements. Il faut des indicateurs pour cela, et il semble qu'un compteur en nombre de morts par jour soit le seul suffisamment puissant pour provoquer une "union nationale" et une obéissance populaire. Il faudra donc en arriver là ? Bienvenu sur ce blog et n'hésitez pas à intervenir à nouveau.