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Avenir sans Pétrole

Avec le pic pétrolier, nous avons passé le pic des libertés !

28 Janvier 2016 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Pic pétrolier, #Regard critique

Une brève histoire du pic pétrolier

C'est en 2004 que la production de pétrole conventionnel a commencé à plafonner. L'ensemble des producteurs ont, à l'époque, été incapables de répondre à l'explosion de la demande de l'Inde et de la Chine notamment. Notons que la consommation de ces deux pays a été multipliée par 3.5 entre 1994 et 2014, passant de 4.3 à 14.9 Mb/j.

Malgré un prix qui dépasse à nouveau 100$/baril entre 2011 et 2014, la production mondiale de pétrole conventionnel stagne entre 70 et 74 Mb/j, avec deux pays seulement pour compenser le déclin des autres: l'Arabie Saoudite et l'Irak.

Pendant toutes ces années, la dette des pays importateurs a augmenté de manière incontrôlable, quasi proportionnellement à la facture énergétique. C'est le cas en Europe où la dette a doublé en dix ans, passant de 6 000 milliards € à 12 000 milliards €, comme aux États-Unis où elle a triplé. De l'autre côté, l'Arabie Saoudite, a capitalisé plus de 750 milliards $ à elle seule.

Évolution de la dette de l'Union Européenne entre 2002 et 2014. Source: Eurostat

Évolution de la dette de l'Union Européenne entre 2002 et 2014. Source: Eurostat

L'effondrement de 2008, lié à la bulle des subprimes, était la première convulsion liée au syndrome du peak oil ! Pour la première fois, le système économique était mis à nu, montrait les folies dont il était capable, restait au tapis sous la contrainte physique d'un pétrole devenu trop rare.

Cependant, les banques ayant désormais l'immense pouvoir de créer de l'argent sans limite par le biais du crédit, elles permettent à l'économie de croître artificiellement et d'aller chercher des ressources que l'Homme aurait dû laisser dans le sol par manque de moyens pour se les offrir. Les banques sont donc devenues indispensables pour garder la tête hors de l'eau et c'est pour cette raison que leur survie est plus importante que celle des peuples. On les sauve donc sans condition et ça repart de plus belle.

C'est alors que les hydrocarbures non conventionnels entrent en scène ! En quelques années seulement, avec un prix du baril supérieur à 100$, leur production augmente sans contrôle, bien plus vite que la demande. Entre 2010 et 2015, la production de sables bitumineux augmente de 45% au Canada, celle du pétrole offshore ultra-profond du Brésil augmente de 25% et celle du pétrole de schiste aux États-Unis augmente de 75%. En tout, ce sont 5 à 6 Mb/j supplémentaires qui sont mis sur le marché grâce à la spéculation et la dette, auxquels s'ajouteront la hausse de production de l'Arabie Saoudite qui entretien la guerre des prix et désormais l'Iran. Tout ceci conduit à l'effondrement des cours que nous connaissons à l'heure actuelle, mais je ne reviendrai pas ici sur les gagnants et les perdants de cette situation.

Évolution de la production pétrolière aux États-Unis. Source: http://peakoilbarrel.com

Évolution de la production pétrolière aux États-Unis. Source: http://peakoilbarrel.com

Pendant ce temps, le chômage est endémique et les manipulations statistiques peinent de plus en plus à masquer l'incapacité des gouvernements à reprendre le contrôle de la situation. L'arrivée de ces nouveaux hydrocarbures ne change rien à la catastrophe sociale qui s'amplifie. En France, le nombre de chômeur a augmenté de 60% depuis 2008 et aucun des grands partis politiques ne semble vouloir traiter le problème à la racine.

Voilà plus de quarante ans que le club de Rome a alerté le monde sur les limites physiques de la biosphère, mais un grave handicap de la perception semble affecter certains technocrates qui pensent encore que la construction d'un aéroport sur une zone humide, juste après la COP21 et en période de choc énergétique majeur, va améliorer le sort des populations. Ce sont malheureusement ces victimes de troubles graves qui nous gouvernent aujourd'hui.

Évolution réelle du nombre de chômeurs en France. Source: https://www.contrepoints.org/

Évolution réelle du nombre de chômeurs en France. Source: https://www.contrepoints.org/

Dans ces circonstances, il y a trois possibilités pour elles -les victimes qui nous gouvernent- : admettre leur échec et démissionner, se faire démissionner à terme par une population qui se révolte, ou devenir autoritaires. Elles ont choisi la troisième.

En janvier 2015, la France est choquée suite à la première série d'attentats. Juste après, une loi sur la surveillance de masse est validée, même si elle porte gravement atteinte aux droits humains. Selon Amnesty International, voici les principaux problèmes que pose cette loi:

    - Elle permet au Premier ministre d'autoriser des mesures de surveillance intrusives à des fins très vagues et mal définies telles que les « intérêts majeurs de la politique étrangère », la protection des « intérêts économiques, industriels et scientifiques » de la France et la prévention des « violences collectives » et de la « délinquance organisée ».

    - Elle autorise le recours à des outils de surveillance de masse permettant d'intercepter les communications sur les téléphones portables, ainsi que l'installation chez les fournisseurs d'accès à Internet (à des fins de lutte contre le terrorisme) de boîtes noires qui collecteront et analyseront les données personnelles de millions d'internautes.

    - L'absence de contrôle indépendant : au lieu d'avoir besoin de l'autorisation d'un juge, le Premier ministre devra juste consulter un nouvel organisme, la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, dont l'avis ne sera que consultatif.

    - Il sera très difficile, voire impossible, pour les gens de savoir s'ils sont espionnés illégalement, ou pour les lanceurs d'alerte de dénoncer les abus en matière de pouvoirs de surveillance.

Selon Geneviève Garrigos, Présidente d'Amnesty International France, "toute personne enquêtant sur les actes du gouvernement français ou d'entreprises françaises, ou même tout organisateur de manifestation, pourrait faire l’objet de formes de surveillance extrêmement intrusives."

Source: http://www.amnesty.fr

Source: http://www.amnesty.fr

Après le second attentat, le gouvernement passe la vitesse supérieure et c'est probablement ce qui était attendu par la plupart des citoyens. Mais depuis, les dirigeants profitent de la situation pour en terminer avec l'État de droit, c'est-à-dire un système dans lequel la puissance de l'État serait limitée par des normes juridiques.

Le soir du 13 novembre 2015, l'état d'urgence est proclamé. Le 19 novembre, il est prolongé pour 3 mois et aujourd'hui, François Hollande souhaite encore prolonger de trois mois ce dispositif censé être exceptionnel. Le bilan après deux mois est édifiant: 3189 perquisitions administratives et 392 assignations à résidence. Sur 513 infractions répertoriées, seules 25 sont en lien avec le terrorisme et 4 concernent les procédures antiterroristes. Parmi les autres, on trouve des militants écologistes qui ont été perquisitionnés et/ou assignés à résidence, pour faire taire les citoyens au moment de la COP21. Par ailleurs, la grande manifestation du 29 novembre a été interdite et réprimée, avec une stratégie et une communication indignes d'une véritable démocratie.

La stratégie du choc

Cette théorie a été développée par Naomi Klein dans l'ouvrage "La stratégie du choc, la montée d'un capitalisme du désastre". Selon elle, les désastres conduisant à des chocs psychologiques permettent aux dirigeants d'appliquer des réformes qui ne seraient jamais passées en temps normal. En France, les désastres ont eu lieu en 2015 et justifient la fin progressive des libertés.

Naomi Klein, présente en France pour la COP21, présente sa vision de la gestion des manifestations par l'État français.

Désormais, tous les moyens sont bons pour ne pas traiter les vrais problèmes et tenter à tout prix de maintenir ce système, dont il suffirait de couper le respirateur artificiel pour qu'il succombe. Nous continuerons à endetter les pays importateurs de pétrole quand son prix est élevé, et endetter les pays producteurs et les compagnies pétrolières quand son prix est bas. Nous continuerons à générer du chômage, de la pauvreté, des riches toujours plus riches, des désastres environnementaux ... jusqu'à l'éclatement des bulles, jusqu'au krach.

Théoriquement, il est toujours possible de sortir par le haut si nous sommes solidaires, résilients, imaginatifs, tolérants. Mais le pic des libertés ou "peak freedom"  que nous venons de passer nous entraîne dans un déclin qui pourrait restreindre le champ des possibles. Restons vigilants, restons conscients, restons libres !

 

NB: Suite à certains commentaires, j'ai modifié des éléments de la première partie de l'article au sujet de la production de pétrole conventionnel. Merci pour votre vigilance bienveillante, continuez à commenter et à partager !

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Shana 16/04/2019 16:44

Très bel article, très intéressant et bien écrit. Je reviendrai me poser chez vous. A bientôt.

Gros con réactionnaire 05/02/2019 10:44

C'est marrant de lire cet article datant de 2016, commençant par nous décrire le futur peak-oil et l'effondrement qu'il entrainera pour nos sociétés shootées au pétrole.

3 années se sont écoulées.
Une bonne (ou mauvaise) nouvelle : Cet effondrement n'interviendra pas aux USA. En 2019, ils produisent plus de pétrole et gaz qu'ils n'en consomment...
Autre (vraiment) bonne nouvelle : Certaines productions d'énergie "décarbonnées" sont devenues moins chères que celles utilisant charbon, gaz et pétrole.
Reste un problème de taille : Leur production ne peut intervenir que le jour ou lorsqu'il y a suffisamment de vent (mais pas trop). Les solutions sont à chercher dans le stockage de cette énergie (pour l'instant très cher) ou dans l'interconnexion des réseaux de production.

Pour revenir au Peak-oil, le scénario le plus probable est que la part du pétrole comme moyen de production énergétique régresse fortement. Les réserves pas chères (pétrole conventionnel) serviront principalement aux productions industrielles (plastique, engrais, ...) les nécessitant.

Comme quoi, l'effondrement inéluctable ne l'est peut-être pas...

Rufus 03/06/2016 16:15

Bonjour,
J’ai lu plusieurs fois à gauche à droite sur la toile une idée « intéressante » qui me semble intuitivement juste, ou du moins plausible, et qu’on peut résumer ainsi : « la démocratie n’est compatible qu’avec la croissance (économique) ». Ce fut un choc, une épiphanie ! En substance, la population n’accepte les inégalités sociales (donc, la structure de la société) que parce qu’elle a le sentiment que les choses iront mieux pour elle demain, que le cours des choses va dans le sens du mieux (du plus …). Que cela ne soit plus le cas, et l’insurrection s’installe. Et donc, les dirigeants ont la nécessité, pour maintenir une structure sociale (dans laquelle ils conservent bien-sûrleur position), d’aller vers la dictature.
Ce qu’on observe dans cette période de « transition » semble conforter cette idée.
P.S. Merci pour ce blog que j’apprécie particulièrement et suis régulièrement.

Laurent 08/03/2016 18:32

Oui l'ère du pétrole facile est derrière nous, mais il reste scandaleusement exploité par la finance spéculative. La stabilité économique est antinomique avec un monde dominé par la finance. L'après pétrole ne peut pas se bâtir sans vérité des prix. La valeur travail est dévaluée par tous, politique, syndicats, etc .... les financiers travaillent durs à saper tout effort en demandant des rendements élevés et retour sur inevstissement court, ce qui ne laisse que des miettes à l'économie réelle.
En bref le problème n'est pas le pétrole, mais la finance.

Vincent 29/01/2016 02:54

> Cependant, les banques ayant désormais l'immense pouvoir de créer de l'argent sans limite par le biais du crédit

Ça n'a rien de nouveau, ça fait des siècles que ça fonctionne comme ça. Grâce au crédit, les banques prêtent beaucoup plus que ce qu'elles possèdent.

Ce qui est nouveau, c'est que la participation à l'euro interdit aux États - qui sont pourtant les prêteurs en dernier ressort - d'emprunter directement auprès de la banque centrale à taux plus faible que les banques privées, voire à taux nul.

http://blog.mondediplo.net/2009-01-05-Pour-un-systeme-socialise-du-credit

Vincent abadie 30/01/2016 15:29

C'est la loi des vases communicants !
L'argent n'est pas sans limite car cela correspond a des biens matériels, des ressources ,......
Les crédits à la consommation sont alimentés par de l'argent extérieure, la question est a qui et comment ! Tout est possible tout est imaginable.

Emile 29/01/2016 21:22

A Vincent,
Non, cela ne fait pas des siècles durant l'histoire les royaumes, les empires ou les états avaient en caisse de la valeur qui permettait de prêter, certes parfois il maquillaient les comptes et il y avaient des faillites mais elles étaient rares... Depuis 1971 le dollar n'est plus protégé en or, c'est une monnaie fiduciaire qui vaut ce que l'on veut bien qu'elle vaille...